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Portrait du jour : Kaye Mortley


Mardi 3 Août 2021


Le DINARD PODCAST FESTIVAL nous dévoile le portrait d’un invité ou un participant, acteur.ice du podcast créatif. Aujourd’hui : Kaye Mortley.




RECRÉER LE MONDE

© Phonurgia Nova dans le cadre du 1er Dinard Podcast Festival, juillet 2021
© Phonurgia Nova dans le cadre du 1er Dinard Podcast Festival, juillet 2021
Durant la nuit du 31 juillet, Kaye Mortley propose une version acoustique d’un voyage d’exploration à travers l’Australie. Sons, voix, musiques et silences se combinent, se déclinent… – le voyage réel se transforme en métaphore. Productrice indépendante à Paris, Kaye Mortley est lauréate de nombreux prix internationaux.

Pourriez-vous exposer les enjeux de la pièce, intitulée « Le Voyage », que vous proposez pour le festival ?

Cette émission aurait pu s'intituler "le voyage tragique des explorateurs Burke and Wills à travers la terre d'Australie"… Car c'est ainsi qu'on désigne cette comédie d'erreurs au pays où elle s'est jouée. Il s'agit du voyage d'exploration le plus long, le plus irrationnel, le plus meurtrier de tous ces voyages qui, encore aujourd'hui, font partie des moments glorieux de l'histoire coloniale. Enfant, je les ai toujours détestés, ces voyages. Je ne savais pas pourquoi. Je me suis dépêchée de les oublier. C’est en faisant des recherches pour une autre émission que je me les suis remémorée, lorsque j'ai découvert les carnets de ces explorateurs, et, surtout, leurs listes de provisions. Vingt tonnes de provisions, transportées du sud jusqu'au nord du pays à dos de chameau… Des chameaux importés (à grand frais) dans un pays où, depuis des millénaires, ne sévissait aucun animal (à sabots, et pour cause...), où les premiers habitants vivaient en harmonie avec la nature... « un vide atroce », disaient les colons.

Pourquoi la liste, l’énumération, vous fascine-t-elle autant ?

C’est une forme narrative ouverte, incomplète, qui interroge. Là où elle semble juxtaposer des substantifs sans aucun lien, elle ébauche une histoire dont la moitié est écrite en pointillés. Une liste lance un appel à l'imaginaire... le taquine... le réveille. Les listes des provisions sont la matière première du Voyage. Des listes polyphoniques, bilingues sous-tendent la pièce, se déclinant, se combinant depuis le début jusqu'à la fin. D'autres trames sonores viennent se tisser avec les listes: sons "réels", sons synthétiques; musiques improvisées, voix. La fonction des voix est plus musicale que narrative ou informative. RECRÉER LE MONDE Et si l'une des voix propose un simili narratif, et qu'une autre interroge la métaphysique du voyage, il n'en est rien... Ce Voyage – ni histoire ni analyse – est un appel à l'imaginaire.

En quoi est-ce un « événement » selon vous, d'écouter et profiter ensemble du « son à la pelle », sur l’espace commun de cette plage, à l’occasion du Dinard Podcast Festival?

Pour moi, l'écoute (la vraie) est plutôt une expérience intime, solitaire. Mais écouter dans un environnement où le son enregistré (capté) se mêle avec le son sauvage de l'environnement est toujours intéressant. On entend autrement quand on entend avec d'autres – comment ? Je ne saurais le dire…

Quand avez-vous compris, appris la puissance du son? Y-a-t-il un événement qui marque cela? Pourriez-vous nous le raconter?

La question est trop vaste, je passe sauf pour dire ceci : le son nous permet de voir le monde autrement... de recréer le monde, peut-être.

Quels désirs, rêves, projets, vous animent en ce moment en termes de création sonore ?

Par superstition je ne parle pas souvent de mes projets: je trouve qu'en les racontant, on les épuise... Mais, en fait... pourquoi... et comment décide-t-on d'entreprendre tel ou tel projet sonore? Parfois – et c'est plus rare – on nous invite à faire "quelque chose" pour telle radio, telle émission, tel événement. Cette "invitation" qu'on appelle aussi "une commande" (et ce terme est plus exact) présuppose qu'on tienne compte de certains paramètres (esthétiques et autres) du commanditaire - radio, chaîne, émission. Mais, plus souvent, derrière la décision de réaliser un travail sonore il n'y a que le désir – notre désir unilatéral, devenu irrépressible – d'explorer un certain territoire et de "l'écrire " avec des sons... De faire de ce territoire un univers qui ne peut exister (tel que nous, on l'entend) qu'en l'écrivant avec des sons. Et c'est là que les choses se compliquent. Si la carte blanche proposée par une commande est conditionnelle, le projet, né de notre désir doit trouver un "producteur" qui désire (autant que nous, mais sans doute autrement) sa réalisation...

Vous avez longtemps enseigné le documentaire sonore à Arles, et publié en 2013 La tentation du son. Vingtsix auteurs sonores réfléchissent aux spécificités et enjeux des documentaires de création. En quoi le sonore est-il « une perpétuelle expérimentation »?

A mon avis, l'écriture sonore ne peut s'enseigner: il ne s'agit pas d'une science exacte. On peut indiquer des outils, donner des références, dégager des formes intéressantes (pas dans le but de les copier mais de les fréquenter). L'écriture sonore "s'apprend". Le plus important est de trouver une voix, un langage, une syntaxe et une esthétique mais le chemin est plutôt solitaire. Côté production et diffusion, la création sonore a été obligée de rattraper l'énorme transformation technique afin remettre les choses en place (c'est-à-dire le bœuf devant la charrue!).

Propos recueillis le 30 juillet 2021 par Hélène Courtel - portrait à retrouver ICI.


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